Pérou dernier épisode : Et si les européens aussi croyaient en eux ?

Jeudi 8 mars. Journée des femmes et deuxième journée de travail dans l’atelier de Mario. D’après Cesar, nous aurons terminé chaque modèle de nos vêtements bio bébé dans la journée. Mais je commence à comprendre que Cesar est meilleur jongleur que planificateur. Mario, que Cesar disait fainéant, continue de m’étonner par sa maîtrise technique, mais je le découvre aussi très… lent, allez disons très perfectionniste ! Heureusement, notre troisième laron est une femme ! Suzy.

 

Pendant que Cesar passe la matinée à faire des allers-retours chez le teinturier, le sérigraphe et les poseurs de boutons, Mario se concentre sur une boutonnière tout en regardant une télé-novela sur le cable… Suzy, elle, s’affaire d’une machine à l’autre, confectionne trois ou quatre vêtements bébé en coton bio, coupe les tissus restants, refait cinq fois un col car je ne suis jamais satisfaite et corrige les patrons qui ne vont pas, puis attend de pouvoir poser la boutonnière que Mario va bientôt terminer.

 

Moi, je croise les doigts pour qu’un autre épisode de « La Traizon » ne suive pas ! Je m’extasie devant  le mur où cohabitent deux calendriers : l’un avec une prière pour que Dieu bénisse une société de transport et l’autre où une femme en maillot de bain s’expose à côté de machines à coudre… Mario éteint la télé et branche la radio, ouf !

 

Mais ne l’oublions pas, c’est la journée des femmes, alors nous avons le droit à notre dose de sexisme ordinaire et international, entre les rappels pour que les hommes nous offrent des fleurs sans quoi leur soirée serait terrible… l’élection de la femme la plus sexy de la radio… et les couplets classiques sur le perfectionnisme des femmes, leur jalousie et leurs rancœurs… Ouais… en attendant, c’était bien un homme qui regardait « La Traizon » !

 

Cesar m’appelle pour me dire que le teinturier n’a pas obtenu la couleur prévue pour un des tissus… oui, nous en attendons toujours certains… Mais finalement quand il arrive, je trouve que le résultat n’est pas si éloigné, s’amuserait-il à me faire peur ? Le plus important c’est que nous avons enfin tous les tissus et que nous pouvons commencer une des pièces les plus compliquées, une combinaison bio bébé fille d’inspiration retro. Suzy s’apprête à découper le tissu, elle nous appelle : « Ils se sont trompés, ça devait être rouge, ils l’ont fait en violet….. ». Je respire un grand coup. Comme dit mon père, ce n’est pas le bordel, c’est juste une autre organisation… Nous ferons quand même le prototype, il faut que je voie le modèle avant de partir.

 

Nous restons à l’atelier jusqu’à 21h pour que Suzy termine ce dernier modèle. Mario est fatigué. A 18h30, il s’est arrêté. Pendant que Suzy travaille, nous sommes tous trois assis à côté et nous parlons politique… Une fois terminé, la combinaison de petite fille est superbe ! Suzy illumine ma soirée !

 

Vendredi 9 mars. C’est le dernier jour et je dois repartir avec les prototypes. J’arrive à l’atelier à 8 heures et je crois que je réveille Mario. Cesar et Suzy me suivent de peu. Je resterai jusqu’à midi pour les trois vêtements bio bébé qu’il reste à valider. Et à 15 heures, Cesar me promet de quitter l’atelier pour venir me livrer ce qui est prêt. Je suis soulagée car malgré tous les aléas de cette production, le résultat est très bon. Je suis impatiente que Cesar m’apporte le tout !

 

A 16h10, je dois vraiment partir à l’aéroport et César n’est pas là. Je l’appelle, il vient de quitter l’atelier, je tombe des nues et je n’écoute pas les explications… Heureusement, un cousin rentre en France dimanche, il se chargera de transporter les échantillons que je recevrai donc lundi 12 au soir. Sur la route pour l’aéroport, je me dit que c’est vraiment une autre organisation tout en écoutant une émission de radio qui explique à quel point l’économie du Pérou va bien ! En montant dans l’avion d’Air France, je sens que je retourne dans un pays où l’organisation fait plus de sens pour moi. L’enregistrement a été fluide, les hôtesses françaises sont efficaces et rapides, tout roule… Des journaux français sont à la disposition des passagers, j’en choisi un, en gros titre : L’europe et la crise… Et si nous arrêtions de ne plus croire en nous ?